Départ, vendredi 9 avril 2010

Départ de La Rochelle à 10h, nous révisons la géographie de la France en la survolant. Puis c'est au tour de l'Europe du Nord, nous sommes beaucoup moins précis sur les fleuves et côtes. Arrive enfin le sud de la Norvège, enneigé. Tous les lacs autour d'Oslo sont gelés. Atterrissage à Rygge, nous prenons la navette pour Oslo, à 1h de route.
Nous pique-niquons en plein centre-ville, devant la gare, avant de commencer la visite de la ville : Stortinget (le parlement de Norvège), palais royal, théâtre, forteresse, port, nouvel opéra. Il y a un monde fou dans les rues piétonnes, et des grives en quantité dans le parc du palais.
Nous dînons à Kaffistova, une cafèt' sympathique. Première confrontation avec la langue norvégienne et les Norvégiens. En fait, nous nous en sortons très bien avec l'anglais.
Comme notre train n'est qu'à 23h05, nous profitons de Oslo by night. Ce train de nuit, le meilleur du monde selon Lonely Planet, se montre à la hauteur de sa réputation : sièges confortables, wagons silencieux, kit nocturne à disposition (couverture, oreiller gonflable, masque, boules Quies), etc. La SNCF ferait bien de s'en inspirer...

Trondheim, samedi 10 avril 2010

Nous nous réveillons dans un paysage de montagnes enneigées. Nous découvrons les maisons norvégiennes, en bois peint de couleurs pétantes ; ça égaye le blanc environnant.
Arrivés à Trondheim vers 7h, la ville nous apparaît vide, voire carrément morne, comparée à la foule des rues d'Oslo. Malgré tout, nous dégotons une boulangerie-café, Godt Brød, où nous faisons la découverte des boller, sorte de petites brioches rondes avec des pépites de chocolat ou, plus original, des raisins secs. Dé-li-cieux ! 1 point, et pas des moindres, pour la gastronomie norvégienne.
Nous montons à l'auberge de jeunesse, un peu à l'extérieur du centre-ville, pour déposer nos sacs ; puis, allégés, nous commençons la visite de la vieille ville.
Nos pas nous mènent à l'église Ste-Marie, la plus ancienne de Trondheim. C'est l'une des rares à être restée catholique : 86% de la population norvégienne est protestante (Église d’État luthérienne). Nous sommes accueillis en norvégien (puis en anglais) par des personnages surprenants en un tel lieu : deux SDF (ou approchant) fument devant le portail, un verre de café à la main. Ils nous invitent à entrer, un peu comme si c'était chez eux. Et ce n'est pas faux : sous la tribune sont installés une cuisine et un buffet, des personnes attablées y lisent tranquillement leur journal ! Le reste de l'église, sobre, comporte malgré tout des bancs, un autel : normal, quoi.
Nous arrivons ensuite à la cathédrale de Nidaros, lieu majeur de la monarchie norvégienne, centre spirituel du pays, construite à l'emplacement de la tombe du légendaire roi de Norvège saint Olav. La façade gothique est somptueuse : 3 rangées de statues de saints et de personnages bibliques affublés de leurs attributs respectifs.


On apprendra plus tard qu'elle a été récemment restaurée et que certaines parties ont été entièrement refaites. L'intérieur n'est pas mal non plus, mais il y a encore beaucoup de monde, et la quiétude ne semble pas de rigueur.
A côté se trouve un musée qui renferme les joyaux de la Couronne : photos des rois de Norvège (comme le pays n'est indépendant que depuis 1905, ça limite le nombre de clichés), couronnes, trônes, vêtements de sacre, etc.
Dernière visite au palais épiscopal, attenant. Il présente de façon ludique et pédagogique le passé du site, si bien qu'on ne voit pas le temps passer et qu'on se retrouve à chercher un resto à presque 15h. Ça tombe bien, les Norvégiens déjeunent tard. Non, en fait, ils ne déjeunent pas, ils grignotent tout le temps. D'ailleurs, au Café Ni Muser, on nous propose surtout des boissons, des gâteaux et des salades. Comme souvent en Norvège, il n'y a pas de vrai restaurant à la française, mais surtout des snacks et des genres de salons de thé.
L'après-midi nous voit sur le pont Gamlebybru, le plus ancien de la ville. Il franchit la rivière Nidelva, bordée par des maisons sur pilotis, à nouveau très colorées. Nous montons ensuite à la forteresse Kristiansten, d'où nous avons un très belle vue sur la ville et son fjord. Enfin, nous poussons jusqu'au Pirterminalen (=gare maritime) : nous envisageons de traverser le fjord demain pour passer la journée à Vanvikan.
Nous goûtons aux conserves norvégiennes à l'auberge de jeunesse. Ca se mange, on avait faim.

Vanvikan, dimanche 11 avril 2010

Aujourd'hui, nous partons pour Vanvikan sur le ferry qui traverse le fjord. De l'autre côté, c'est la pleine campagne. Les chemins sont vaguement déneigés et un peu boueux, les champs et les bois sont encore tout blancs. C'est donc dans la neige, au bord d'un ruisseau, qui nous dégustons notre pique-nique : saucisses indéterminées dans des sandwiches au bleu local. Finalement peu goûtu.

Au-dessus d'une carrière de schiste, nous nous posons pour observer quelques oiseaux. Après de longues minutes, j'aperçois quelque chose que Antoine identifie aux jumelles comme une mésange boréale ! Elle s'active pour creuser un nid dans un tronc d'arbre, malheureusement à l'opposé de notre poste d'observation. Antoine entend ensuite des tarins des aulnes qui nous passent au-dessus avant de se poser dans un sapin proche. Ça chante dans tous les coins : pouillots, verdiers, etc. Un bouvreuil pivoine à la cime d'un sapin. En descendant vers le village, encore quelques tarins, des verdiers et des pinsons.
Les observations ne sont pas terminées : près du port, un oiseau qui nage nous intrigue. Jumelles, lunette, guide ornitho : c'est un jeune eider à duvet, mâle de 1er été.

Nous partons ensuite de l'autre côté du port, sur un sentier dans les bois, entre les ruisseaux et les plaques de neige. Suspicion et enregistrement de mésangeai imitateur. Le bateau ne nous attendra pas, on se dépêche donc à redescendre au port, au pas de course.
Nous dînons d'une pizza en ville, nous récupérons les sacs à l'AJ et nous filons à la gare pour prendre le train de nuit pour Bodø.

Bodø, lundi 12 avril 2010

Après une nouvelle nuit dans le train, nous arrivons à Bodø vers 9h. Les trains en Norvège sont le contraire des trains français : confortables, mais pas rapides. Entre Trondheim et Bodø, la voie ferrée suit longtemps la route ; eh bien, il est arrivé plusieurs fois que des voitures doublent le train ! Lentement, il est vrai : les routes de campagne sont limitées à 80km/h...
Bodø est une vraie ville qui fait rêver : sa galerie marchande, sa jetée, son port de commerce, ses grandes rues toutes droites à l'américaine, sa gare... La visite est donc assez vite faite. Heureusement que quelques oiseaux pointent leurs becs dans le port (eiders, goélands, harles huppés, cormorans).


Nous faisons aussi un rapide repérage de l'aéroport et du chemin qui y mène car, au retour des Lofoten, on n'aura pas beaucoup de temps entre le débarquement du bateau et l'embarquement dans l'avion.
Le port de Bodø est suffisamment tordu pour qu'on cherche la gare maritime pendant 1/4h. Dans la salle d'attente, nous rencontrons deux Bordelaises, elles aussi en partance pour Moskenes, qui nous abordent en anglais. C'est le premier groupe de Français que nous croisons depuis notre arrivée en Norvège, mais ce ne sera pas le dernier.
Nous embarquons enfin pour 4h de traversée vers le port de Moskenes, dans les îles Lofoten. Le bateau tangue pas mal, si bien que je laisse Antoine chercher tout seul les pygargues sur le pont, préférant rester dormir à l'intérieur. Arrivée à Moskenes dans un paysage brumeux irréel.
Nous partons à pied en direction de Å où nous attend notre rorbu (cabane de pêcheur transformée en logement touristique). C'est pas compliqué, c'est au bout de la route. Nous sommes récupérés en chemin par Steinar, notre logeur, un sympathique sexagénaire bavard et francophone. Il nous indique un certain nombre de balades à faire dans le secteur, à pied et en bateau, et nous invite à visiter son musée, juste à côté. On verra tout ça demain, cette journée-ci a encore été longue.

Å i Lofoten, mardi 13 avril 2010

Ce matin, il pleut et neige par alternance : on n'est pas dans l'Arctique pour rien. Devant les fenêtres de notre rorbu, il y a plein de mouettes tridactyles, posées sur le moindre rebord. En bas, des eiders nagent entre les rochers qui affleurent. D'ailleurs, pour ne rater aucun oiseau, Antoine a installé la lunette devant la fenêtre, qu'elle ne quitte que pour nous accompagner en balade. Justement, nous partons explorer le sud de Å, entre un lac qui s'avère gelé et la mer. Nous passons à côté de milliers (millions ?) de cabillauds (ou morues) qui sèchent, et gravissons un petit sommet.
En redescendant dans le village, un chant inconnu attire l'attention d'Antoine, mais pas moyen d'apercevoir le chanteur.

Après le déjeuner, nous partons à pied pour Sørvågen, à 2 km. Nous avons vu sur la carte qu'il y a un sentier qui part de ce village vers des refuges et des lacs à l'intérieur de l'île. Nous nous arrêtons en route pour observer 6 guillemots à miroir qui nagent et plongent sans cesse dans la baie.
Le sentier de Sørvågen est en fait un large chemin, éclairé de lieu en lieu par des lampadaires !! N'oublions pas qu'en hiver, on n'y voit pas grand-chose dans ce pays... Nous suivons le chemin, qui commence par contourner un lac gelé sur lequel mouettes et eiders se groupent autour des quelques trous d'eau. Mais le chemin est tellement évident qu'on en oublie de chercher notre sentier, beaucoup moins large, lui. Un peu plus loin, un lagopède des saules s'envole à quelques mètres de nous, nous avons juste le temps d'entrevoir ses ailes. Le sentier grimpe dans la montagne, s'approche d'une cascade puis file plus haut, vers un lac qui approvisionne Sørvågen en eau potable.
Au dessus du lac, émergeant de nulle part, deux puis trois jeunes aigles royaux s'offrent majestueusement à notre regard, jouant entre l'houspillage et les passages de proie...

Le paysage est enchanteur et le chemin agréable, mais de plus en plus enneigé. Nous pensons pouvoir atteindre un sommet proche mais nous renonçons car, avec la neige, il est parfois bien difficile de savoir où est le sentier... S'écarter un tantinet du chemin risquerait par endroit de nous mener dans le lac en contrebas ; en plus, certaines zones sont marécageuses. Dommage.
De toute façon, il n'est plus très tôt et nous avons encore quelques courses à faire pour le dîner. Heureusement, les magasins restent ouverts très tard ici. A Sørvågen, Steinar nous a emmenés hier soir dans une épicerie qui ferme à 22h ! Ca va, rien ne presse...

Reine i Lofoten, mercredi 14 avril 2010

Aujourd'hui, nous n'avons même pas droit à la neige, il pleut carrément. Nous en profitons pour visiter le musée de la morue séchée, que Steinar a aménagé. Il faut bien avouer qu'on y va un peu à reculons, surtout par politesse, mais le musée s'avère très intéressant. Et le reportage de Thalassa, tant vanté par Steinar (en français !), nous apprend sur la vie et la pêche dans les îles Lofoten des choses qu'on n'aurait pas pu découvrir tous seuls en se promenant.
En revenant, nous apercevons un nouveau piaf inconnu derrière le rorbu. Malgré une approche méfiante lors de nos retours suivants, le volatile se montrera encore plus méfiant et on ne le reverra plus. Il reste "l'oiseau-mystère de derrière chez nous"...
L'après-midi, Steinar nous emmène à Reine. Nous prenons le bateau pour découvrir le Reinefjord. En fait, ce bateau n'a rien de touristique : c'est un genre de navette maritime entre les différents villages du fjord (quelques cabanes dès qu'il y a un peu de terrain plat), inaccessibles par la route. Avec nous, il y a tout bêtement des passagers qui reviennent de faire leurs courses à Reine.
Dans le fjord, les paysages sont à nouveau enchanteurs. Dans le genre "montagne qui tombe dans la mer", nous sommes servis ! Parois abruptes et luisantes d'eau, enneigées, sommets dans la brume (il pleut sans discontinuer)... : nous en prenons plein les yeux.



Au retour, nous faisons un petit tour dans le village de Reine. Comme à Å, il y a des morues qui sèchent dans tous les coins. Quelques oiseaux passent dans le fjord, mais rien de nouveau.
Nous rentrons à Å en bus. Ici, le bus comme le bateau paraissent vraiment au service de la population, sans souci de rentabilité, s'arrêtant là où les passagers le demandent, que l'arrêt (ou le détour) soit prévu sur les grilles d'horaires ou pas. Le lendemain matin, comme nous sommes seuls à l'arrêt à 6h30, et bien en avance, le chauffeur m'offrira même un café !
De retour au rorbu, séchage intégral tellement nous sommes trempés.
Pour le dîner, il y a encore du poisson au menu (jamais le même ni acommodé de la même façon) : nous sommes dans une région où la pêche est l'activité principale, il ne faut pas l'oublier !Aux Lofoten, le tourisme aussi semble se développer : il n'y a qu'à voir la quantité de rorbuer (pluriel de rorbu) construits un peu partout. En ce moment, il n'y a pas grand-monde, mais ça ne doit pas être la même chose pendant l'été. Enfin, dans le "pas grand-monde", on a quand même trouvé le moyen de croiser un couple de Français pyrénéens qui revenaient du Cap Nord en camping-car, et des Grenoblois logeaient dans un rorbu proche du nôtre.

Bodø, jeudi 15 avril 2010

Nous nous levons à 5h ; le temps de ranger le rorbu, nous sommes au bus à 6h30 comme prévu, puis au ferry à Moskenes. La traversée est assez calme cette fois-ci.  



Les jumelles (et les bras d'Antoine) ne chôment pas : harelde boréale, gulls variés, puis juste avant d'entrer dans le port de Bodø, le pygargue à queue blanche, ou aigle des mers, qui trône fièrement sur son rocher. C'est son bec dans le contre-jour qui a attiré notre attention. Quand il s'envole, sa queue blanche apparaît en évidence. Un rapace majestueux, c'est sûr !
A Bodø, nous déjeunons à Aurora, un resto de la galerie commerciale, comme lundi. Enfin, plutôt un condensé de snack et de salon de thé. Puis nous filons à l'aéroport où nous arrivons à 13h, juste dans les temps pour décoller à 14h.
Et là, c'est le drame. Sur le panneau d'affichage, tous les vols sont notés "cancelled".


Instant d'incompréhension : il y a forcément une erreur d'affichage. Au guichet, nous découvrons, ébahis, que non, ce n'est pas une erreur. Le gars doit se demander de quelle planète nous débarquons, sans télé ni radio ni info d'aucune sorte.
Il nous apprend la cause du problème : il y a eu une éruption volcanique en Islande hier matin, formant un nuage de poussières qui a été poussé par les vents vers la Scandinavie et l'Europe du nord. Maman nous écrira plus tard que c'est un nuage extrêmement abrasif, et donc dangereux pour les moteurs. Tous les avions sont cloués au sol.

Le guichetier nous change nos réservations pour demain vendredi, 11h25, en précisant bien que le décollage est incertain.
Il nous faut donc trouver un plan B pour le cas, probable, où l'avion ne partirait pas. Nous commençons par la bibliothèque, où le Routard indique qu'il y a un accès internet gratuit. Manque de chance, des kékés squattent l'unique poste pour télécharger de la musique ou je-ne-sais-quoi. Pendant ce temps, nous cherchons toutes les infos possibles dans les journaux, évidemment norvégiens, qui traînent sur les tables.
C'est à l'Office du Tourisme que trouvons enfin la connexion souhaitée, aussi rapide que les voitures et les trains norvégiens. Pas de nouvelles de Ryanair (nous nous inquiétons pour le vol Oslo-La Rochelle prévu demain à 6h40), injoignable au téléphone. Nous écumons les articles de journaux français qui traitent de l'éruption volcanique.

Nous ne savons toujours pas comment nous allons quitter Bodø. A l'Office du Tourisme, on nous indique qu'il n'y a pas de bus pour descendre au sud. Enfin, quand on pense "sud", on s'arrête à Trondheim ; ce serait toujours un bout de chemin de parcouru.
Nous tentons la gare, mais tous les trains dans cette direction (la seule possible au demeurant,
Bodø étant le terminus nord) sont pleins jusqu'à... samedi midi. Nous retournons à l'aéroport pour chercher une voiture de location, toujours pour aller à Trondheim. On nous prévient qu'il y a pour au moins 8h de route, mais, pour ma part, je suis prête à rouler aussi longtemps qu'il le faut pourvu qu'on descende. Aucune voiture n'est disponible dans aucune agence. Nous retraversons la ville direction la gare maritime, fermée. Pourtant, le Hurtigruten (l'express maritime) partirait d'ici cette nuit à 4h, pour arriver à Trondheim à 6h30... samedi.
Retour à l'Office du Tourisme pour tenter d'obtenir plus d'infos. Fermé. Nous nous retrouvons dans le hall de la gare routière, avec le Bodø guide, tous les horaires possibles éparpillés autour de nous, la carte de la Norvège étalée par terre... Une pointe de désespoir se fait sentir.
Nous devons nous résoudre à rester à Bodø cette nuit.
Antoine appelle son frère Julien, qui accepte sans problème de se renseigner par internet sur notre vol Ryanair de demain. Nous trouvons un hôtel près de la gare et prévenons la France que nous ne serons pas rentrés vendredi matin comme prévu à l'origine. Pas le choix, il faut faire contre mauvaise fortune bon coeur. Le coucher de soleil, magnifique ce soir-là, contribue à nous réchauffer le coeur (c'est pas la température qui s'en chargera).

Saltstraumen, vendredi 16 avril 2010

Pour une fois, nous ne nous levons pas aux aurores, il suffit d'être à l'aéroport à 10h. Là, sans surprise, nous apprenons que le vol est annulé. La compagnie nous donne une nouvelle réservation pour le vol de demain.
Retour en ville par la bibliothèque (encore un gars qui squatte internet), l'Office du tourisme puis l'hôtel quitté quelques heures plus tôt. Notre recherche d'informations permanente nous oblige à nous mettre au norvégien, même si le résultat n'est pas trop concluant.
Tourner en rond ne sert à rien, nous partons en bus passer l'après-midi au Saltstraumen, de l'autre côté du fjord. A cet endroit se forme un maelström, le tourbillon le plus puissant du monde. Il s'agit d'un goulet d'étranglement à la sortie du fjord Skjerstad où le courant se déchaîne quand la marée s'inverse.
Il y a un vent de fou, mais Antoine a voulu tester sa résistance au froid et jouer au Norvégien. Résultat : frigorifié ? glacé ? gelé ? C'est le moment ou jamais de décliner le vocabulaire du froid !
En plus, nous avons droit systématiquement à une averse de neige à chaque fois que nous nous posons quelque part pour observer des oiseaux. Pourtant, ça vaut le coup de lunette : pygargue en vol (2 fois), courlis cendrés (2 fois), mésanges boréales, et même... une loutre ! Nous nous promenons dans le coin, sur les rochers, dans les marais et les bois de bouleaux.



Au retour, nous craignons un peu que le bus ne passe pas, car le nom de l'arrêt de bus ne correspond pas avec ceux de la grille des horaires. Je crois qu'on a finalement pigé la technique norvégienne du bus : on se place au bord de la route et on fait signe au conducteur ; pour descendre, c'est tout aussi simple, il faut appuyer sur le bouton "stop". C'est simple : le bus s'arrête potentiellement partout.
De retour à Bodø, nous dînons au Kafé Kafka, chaudement recommandé par le Routard, mais qui nous déçoit un peu. L'ambiance est un peu trop branchée à notre goût.

Bodø - Stockholm, samedi 17 avril 2010

Lever à 5h pour prendre l'avion et enfin quitter Bodø. Une fois à l'aéroport, nous nous apercevons que le vol pour Oslo n'est qu'à 7h30. On aurait pu dormir plus, mais tant pis ; le désir de partir nous motive par-dessus tout.
6h30 : ben non, on ne part pas. Pas en avion en tout cas, les vols sont encore annulés. Cette fois, c'est une vraie déception. Nous avions vu des avions dans le ciel hier, et nous croyions vraiment à notre départ.
Nous continuons à chercher des moyens de partir de cette ville, avec une autre compagnie s'il le faut, quitte à ne descendre que jusqu'à Trondheim. S'il n'y a pas d'avion, nous avons encore la solution du train à 12h30, en espérant qu'il ne soit pas déjà plein.
Une hôtesse d'accueil nous signale qu'un chauffeur de taxi est passé, cherchant des passagers avant de retourner à Stockholm. Nous sautons sur l'occasion. Après plusieurs coups de fil et une rude négociation, nous obtenons un voyage Bodø - Stockholm pour 700€. Pour les 11h de voiture prévues, ce n'est pas tant que ça finalement.
Le chauffeur nous conduit en centre-ville pour retirer l'argent nécessaire : il ne veut que du cash, et pas en couronnes norvégiennes (en abrégé NOK, 1€=8 NOK). Nous vidons les minibanks (distributeurs automatiques) de leur réserve d'euros et de SEK (couronnes suédoises), mais le compte n'y est pas.
Il nous emmène ensuite récupérer son client principal à Radisson Blu, un des hôtels les plus chics de Bodø, nous imposant d'y déjeuner par la même occasion. 150 NOK le petit déj', ça fait mal au portefeuille, nous en profitons pour nous remplir l'estomac pour toute la journée. Nous faisons bien : les Scandinaves ne mangeant pas à midi, il n'y aura pas de pause-déjeuner en cours de route.
8h30 : c'est parti. Enfin presque. On commence par faire toutes les stations-service de Bodø pour chercher du biogaz (le taxi est Suédois, les Suédois vivent écolo, ce qui n'est pas vraiment le cas des Norvégiens). Notre chauffeur a une conduite mémorable ; tout est bon, pourvu que ça passe : rues piétonnes avec slalom entre les fontaines et les kiosques à journaux, bandes cyclables, coins d'herbe et voies de garage. Si on n'a pas emprunté d'escalier, c'est bien parce-qu'il n'y en avait pas dans le secteur.
Nous quittons enfin Bodø. Longue, longue route le long des fjords, à travers les montagnes, les tourbières suédoises, la taïga.




 Le client suédois, peut-être un docteur, connaît bien le pays et nous sert de guide. Antoine finit pas sortir les jumelles et observe quelques oiseaux près de la route : oies et grues cendrées, vanneaux, cygnes chanteurs et la "vérole commune" (grolles, ajhasses, copra).
Arrêt-gâteau à Arjeplog, le premier village en sortant de la région montagneuse, après des dizaines de kilomètres sans aucune maison. Sur la carte, ça donne l'impression d'être au milieu de nulle part et c'est un peu ça, un bled coincé entre la montagne et la taïga. La taïga, c'est amusant au début, avec ses sapins et ses bouleaux à perte de vue. Mais ça finit par être un peu monotone...





 Nous passons ensuite à Skellefteå, près de la Baltique, puis Umeå et Sundsvall où nous dînons dans un restaurant Max, le Mac-Do local.
Stockholm est atteint vers minuit et demi, enfin. Le client se dépose chez lui (il a conduit pendant la moitié du voyage), puis nous repartons à la recherche d'un guichet automatique. Pas moyen de retirer du liquide, ou très peu. Le chauffeur nous donne donc rendez-vous demain pour lui payer ce qui manque ; nous avons la nuit pour trouver le moyen d'obtenir 1300 SEK en cash.
Quand nous arrivons à l'hôtel, il est déjà 1h30, après une journée de 1380 km en voiture. Heureusement que nous avons une assistance technique au top à Paris : merci Julien et Aurélie pour les réservations en ligne et les recherches de correspondances de train !

De la Suède au Danemark, dimanche 18 avril 2010

Nous partons du Queen's hôtel, assez classe, vers 9h30. Direction la gare. Nous espérons obtenir des billets pour le train de 12h21 pour Copenhague. Toujours à la recherche de cash, nous changeons nos derniers NOK, même les pièces, et tous nos euros qui traînent afin de pouvoir enfin payer le chauffeur de taxi. Nous sommes assez soulagés de le voir s'éloigner définitivement.
2ème étape : les billets de train. Le hall de la gare est archi-comble, en particulier autour des guichets. Nous comprenons qu'il faut d'abord prendre un ticket. Un compteur affiche 236, nous tirons le numéro... 444. Avec le monde qui cherche à gagner le Danemark à tout prix, nos chances de décrocher ces précieux billets diminuent au fil des minutes qui passent.
C'est enfin notre tour. Sans trop d'illusions, Antoine demande des places pour le premier train pour Copenhague. La guichetière cherche... et nous propose un départ à 12h21 (!!) avec ensuite deux changements. Nous n'aurons sûrement pas le temps d'attraper la correspondance escomptée pour Cologne, mais ce n'est pas grave, l'essentiel est de partir.

Nous dépensons nos derniers SEK en nourriture de réserve, et embarquons.
La première contrôleuse qui passe trouve que nous avons beaucoup de billets et nous propose de rester dans le train puisqu'il va directement à Copenhague ! Le seul risque est de ne pas avoir de places assises, mais ce n'est pas un problème pour nous : on veut rentrer, et le plus vite sera le mieux ! Maintenant, nous croisons de plus en plus de Français, plus ou moins en rade.
Dès notre arrivée à Copenhague, nous filons aux guichets. C'est le rush dans la gare. Le service de sécurité a été mobilisé pour canaliser les voyageurs : nous sommes refoulés d'une première entrée, un peu plus loin, deux agents bloquent plutôt fermement un individu qui voulait franchir les barrières mises en place.
Nous demandons le premier train pour l'Allemagne. On s'en doutait un peu, ils sont tous pleins. Du moins, c'est ce qu'on perçoit du discours de la guichetière, mi-Danoise mi-Bavaroise. On sent bien qu'on l'agace, mais elle nous goupille quand même un trajet pour Paris pour deux personnes (elle a commencé par nous proposer une seule place...), avec départ... mardi matin. Il n'y a pas moyen de partir avant, ce n'est pas la peine de s'énerver, nous visiterons donc Copenhague.
Notre assistance logistique à Paris nous trouve un hôtel près de la gare, l'auberge de jeunesse étant archi-comble et aussi chère. Dès la sortie de la gare, nous sommes frappés par le nombre de vélos : il y en a peut-être 200 parqués devant la gare !
Copenhague by night, pleine de piétons et de cyclistes, vaut le coup d'oeil (même si toutes les villes se ressemblent un peu la nuit).

Copenhague, lundi 19 avril 2010

Puisque nous sommes coincés à Copenhague, autant visiter la ville. Carte en main et avec les indications de Denis, mon cousin qui a habité ici quelques mois, nous arpentons les rues du centre. Nous commençons par Nihavn, le vieux canal aux maisons peintes qui rappellent un peu Trondheim, le bois en moins.
Nous parcourons les fortifications de Kastellet, en profitons pour enrichir la coche list danoise d'Antoine avec les volatiles qui nagent dans les douves : fuligule morillon, colverts, cygnes, foulque macroule, poules d'eau...
Nous nous dirigeons ensuite vers le symbole de Copenhague, la petite sirène du port. Malheureusement, elle est partie à Shangaï pour l'Expo Universelle. C'est bête, nous qui étions venus juste pour elle... En vraie touriste, je prends une photo de son emplacement présumé.



La visite se poursuit avec les parcs de la ville ; ça fait du bien de quitter la circulation. Ce n'est pas seulement les voitures, mais aussi les vélos, tellement nombreux que des voies et des carrefours spéciaux leur sont aménagés. C'en est presque dangereux pour les pauvres piétons français que nous sommes.
Le premier parc où nous passons est bourré de mésanges ; pas un verdier à observer alors qu'ils étaient si nombreux en Norvège.

Nous entrons dans le parc botanique par un portillon dérobé, au fond de quelque chose qui ressemble à une cour de maison. Nous visitons la serre tropicale, avec sa végétation luxuriante, colorée et odorante (palmiers, philodendron géant, arbousier...) et explorons les chemins tortueux du parc. Nous commençons à avoir faim (il est près de 14h45), mais la grille de sortie ne s'ouvre pas. Et pour cause : un écriteau indique que le parc est fermé le lundi... Une deuxième poterne est donc discrètement franchie, qui nous mène dans la rue.
A 15h passées, plus grand chose d'ouvert à part les kebabs.
Après le repas, nous traversons les canaux pour nous rendre à Christiana, le fameux village hippie. En fait, c'est un peu la zone : tags, vieux trucs qui traînent... Heureusement qu'il y a des touristes. Nous revenons dans le centre en passant par le palais de Christianborg, qui abrite entre autres le Parlement de Danemark, puis l'Hôtel de Ville. Nous cherchons à monter dans sa tour, la plus haute de Copenhague d'après les informations du plan, mais elle est bien sûr fermée. Comme en Norvège, les monuments sont ouverts sans interruption (normal, puisqu'il n'y a pas à proprement parler de repas de midi), mais ferment souvent à 16h.
Nous tentons la visite d'une église, "Holly Ghost Church" d'après notre plan (= St-Fantôme ?), elle aussi fermée. Finalement, nous rentrons faire une pause à l'hôtel avant de ressortir dîner : la ville c'est bien, mais point trop n'en faut.

Du Danemark à l'Allemagne, mardi 20 avril 2010

Nous nous levons à l'aube pour prendre le train à 6h50 : pas question de le rater, il doit nous mener jusqu'à Paris. Un premier train nous dépose à Fredericia (ou Frederishavn), toujours au Danemark. Comme c'étaient les dernières places disponibles, nous voyageons en 1ère classe, avec petit déjeuner fourni, waouh ! A Fredericia, premier changement pour un ICE (le TGV local), toujours en 1ère classe. C'est pas qu'on fait tache, mais bon.
Deuxième changement à Hambourg. Après avoir vainement cherché des bancs dans la gare, nous nous posons en bas d'un escalier et commençons à pique-niquer. J'ai à peine le temps de beurrer une tartine que nous sommes délogés par des agents de la sécurité : en Allemagne, il est très mal vu de s'asseoir par terre, il faut aller sur un banc ! Les seuls de la gare sont sur les quais, en plein vent. Nous trouvons une salle d'attente abritée où terminer notre repas. Il nous reste un peu de temps, nous sortons de la gare. Il se met à pleuvoir, nous ne trouvons pas grand-chose à admirer dans cette ville en briques ; ce n'est pas très joyeux.
Après un nouveau voyage en 1ère classe, nous arrivons à Hanovre. Cette fois, nous avons 6h avant le train pour Paris. Nous visitons donc le centre-ville, presque entièrement reconstruit après 1945. Les bâtiments sont toujours en briques, sans grand intérêt à part quelques vestiges médiévaux qui ont échappé aux bombardements. Il fait froid et humide. Notre dîner est typiquement allemand, avec des schnitzels (viande panée) arrosés de bière.
Puis nous repartons dans un train de nuit avec compartiments et sièges non-inclinables. Le grand confort... Dans la catégorie "trains de nuit européens", nous lui concédons 2/20 : il y a des sièges, et il nous emmène à Paris.

Paris - La Rochelle, mercredi 21 avril 2010

Nous n'avons pas beaucoup dormi, mais nous sommes à Paris ! Nous prenons le RER en direction de Montparnasse, mais renonçons au métro, préférant profiter de la douceur du matin pour faire quelques rues à pied : on est enfin au printemps ! Nous avons même le temps de pousser jusqu'au jardin du Luxembourg. En chemin, nous constatons la différence de style urbain entre Paris et les autres villes visitées ces derniers jours : à Paris, les rues sont souvent plus petites qu'ailleurs, à part les grands axes, et les immeubles en pierre du XIXème siècle sont plus esthétiques que le béton de Stockholm et de Hanovre. Par contre, pas question de traverser une rue en-dehors des passages piétons. Et on peut toujours attendre qu'une voiture s'arrête pour nous laisser passer !
12h10 : nous embarquons dans le dernier train, direction la Charente-Maritime. A La Rochelle, il n'y a plus qu'à traverser la ville pour récupérer la voiture restée sagement à l'aéroport. Nous enlevons des épaisseurs au fur et à mesure, la température a pris quelques degrés depuis le cercle polaire.
De retour à St-Loup, Antoine calcule la distance parcourue depuis Bodø : environ 3900 km par voie terrestre !